Chu Teh-chun en effervescence


Publié par la Gazette Drouot

Cette toile inédite, dont les couleurs paraissent en ébullition, a été offerte par le maître chinois à Hugues Gall, ancien directeur des Opéras de Paris et Genève. Le présent d’un Immortel à un autre...

Àmon cher confrère Hugues Gall en témoignage d’amitié, Chu Teh-chun », peut-on lire à l’arrière de la toile. À gauche de l’inscription figurent le titre, « Effervesence » (sic), la signature de l’auteur et une date, 2006. Cette année-là, l’artiste franco-chinois est élevé au grade d’officier de l’ordre national du Mérite. Il est également représenté pour la première fois par l’antenne newyorkaise de la célèbre Marlborough Gallery, qui présente plusieurs de ses peintures.
À presque 90 ans, l’homme est une célébrité, qui a exposé ses œuvres aussi bien en France qu’en Chine et jusqu’à Taïwan. Surtout, il siège à l’Académie des beaux-arts depuis 1997. C’est dans cette vénérable institution – dont il est le premier membre d’origine chinoise – qu’il fait la rencontre de celui à qui fut offert le présent tableau : Hugues Gall. Disparu en mai dernier, ce grand gestionnaire de l’Opéra de Paris, qu’il dirigea de main de maître de 1995 à 2004, a fait son entrée sous la coupole en 2002. Vice-président de la fondation Noureev, il fut aussi membre de plusieurs conseils d’administration, dont ceux du château de Fontainebleau et du musée des Impressionnismes de Giverny. Après la disparition de ces deux hommes, à dix ans d’intervalle, reste ce tableau, symbolisant l’amitié qui unissait deux géants. Héritier de l’art d’avant-garde occidental et de la tradition lettrée chinoise, Chu Teh-chun a révolutionné la représentation du paysage et ouvert la voie vers une nouvelle peinture abstraite. S’il fait un bond en avant à partir de 1960 dans ses œuvres, avec un vocabulaire expressif se concentrant sur des lignes colorées, c’est après les années 1990 que celles-ci commencent à se transformer en plans et en blocs de couleurs. Ses peintures créées au tournant du nouveau millénaire présenteront une caractéristique commune : une composition ouverte et atmosphérique, faite de grands blocs et de taches de couleurs plus petites, jouant avec la lumière. D’abord sombre et monotone, sa palette s’éclaircit et se fait plus vive et brillante. Les coups de pinceau deviennent plus larges et plus rapides, rendant les teintes plus transparentes et aqueuses, générant parfois des effets de goutte et de coulure. « Il utilise son poignet et ses gestes en accord avec le souffle de l’univers, et ses tableaux sont en harmonie avec le paysage en utilisant des couleurs fortes ou douces, contenant des rouges flamboyants et des fuchsias, des ors et des jaunes terreux, des bleu ciel et des aigues-marines », écrivait en 1993 le fameux critique d’art Pierre Cabane à son sujet. Tout est dit.


LUNDI 2 DÉCEMBRE, SALLE 9 – HÔTEL DROUOT.
TESSIER & SARROU ET ASSOCIÉS OVV. CABINET PORTIER & ASSOCIÉS.