Les tsubas de la collection Liebermann : le Japon sous bonne garde
Publié par la Gazette Drouot
De qualité muséale, le remarquable ensemble de près de 220 tsubas réunis par Patrick Liebermann offre un large panorama du savoir-faire des écoles et des artistes les plus talentueux du pays du Soleil-Levant.
Depuis l’époque de Muromachi (1336-1573) jusqu’au début de l’ère Showa (1926-1989), c’est un vaste pan de l’histoire du Japon que couvre la collection Liebermann. Objet typiquement nippon, le tsuba s’y décline sous toutes ses formes, chacun rivalisant de beauté et de complexité. Fer, cuivre, argent et or se conjuguent harmonieusement pour donner naissance à des paysages, des animaux fantastiques, des cartes, des figures grimaçantes... sur un diamètre de 6 à 9 cm. Certaines de ces gardes de sabre sembleront familières à ceux qui purent en découvrir un florilège lors de l’exposition « Samouraïs. Guerriers et esthètes », présentée à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, du 11 mars au 13 juillet 2022.
Il aura fallu un peu plus d’un demi-siècle au Strasbourgeois Patrick Liebermann (1948- 2023) pour réunir cet ensemble remarquable de près de 220 pièces. C’est lors de son premier voyage au Japon en 1970, année de l’Exposition universelle d’Osaka, que le jeune étudiant en école de commerce acquiert son premier tsuba. Il ignore alors tout de cet objet, qui le séduit par sa poésie. Dès lors, au rythme de ses voyages, il n’aura de cesse d’étoffer sa collection. L’homme fréquentait aussi les salles de vente, tant à Drouot qu’ailleurs. Il se focalisait avant tout sur les thèmes et, en amoureux de la nature, privilégiait les sujets animaliers, comme l’illustre ce tsuba du milieu de l’époque d’Edo figurant un singe essayant d’attraper un poulpe à l’aide d’une corde (5 000 / 6 000 €). L’ensemble était destiné à rejoindre un musée, mais le collectionneur s’est ravisé et a exprimé le souhait de le soumettre aux enchères après sa mort.
Japon, époque d’Edo, XVIIIe siècle
Tsuba en alliage de cuivre et d’argent, à décor de corbeaux sur un saule et volant devant la pleine lune
Ecole Rinsendô, signé « Risendô » et cachet « Mitsumasa »
H. 7,2 cm
Estimation : 2 500 / 3 000 €