Ayez confiance !


Publié par la Gazette Drouot

Tel que représenté par Paul Jouve, Kaa est effrayant, prêt à bondir sur sa proie pour lentement l’étouffer, et bien loin de l’image suave, envoûtante, véhiculée par Walt Disney dans le long métrage d’animation sorti en 1967. Chacun, enfant, a tremblé lorsque le python immense essaie d’hypnotiser Mowgli en lui chantant sa célèbre chanson « Aie confiance ».

Écrit par Rudyard Kipling à partir de son expérience de l’Inde, Le Livre de la jungle est publié en 1894. Le succès est immédiat et dans la foulée, il fait paraître l’année suivante Le Second Livre de la jungle qui poursuit et clôture les aventures du jeune garçon – cela lui vaudra d’être honoré du prix Nobel de littérature en 1907. En 1903, une traduction en français est donnée par Louis Fabulet et Robert d’Humières, et là encore, le public est emballé. L’artiste animalier Paul Jouve, à la notoriété naissante – en mars 1905, Marcel Bing lui organise sa première exposition personnelle –, est appelé la même année par la Société du livre contemporain pour réaliser les illustrations et donner naissance à un livre d’art. L’artiste accepte, mais absorbé par ses nombreuses expositions, prend l’initiative – heureuse – de les faire graver par son ami François-Louis Schmied. La Première Guerre mondiale va interrompre cette collaboration et la sortie de l’ouvrage sera repoussée. À sa publication en 1919, c’est un chef-d’œuvre qui voit le jour, la réussite est totale. La critique est unanime, Ernest de Crauzat écrit : « Cette édition fit grande impression, se classa rapidement [...] comme le monument le plus parfait, l’expression la plus artistique du livre à notre époque. » Et John Grand-Carteret de renchérir : « C’est une grande vedette du livre moderne illustré. » Celui proposé ici, numéroté 79 sur les 125 imprimés sur vélin d’Arches, présente quelques spécificités qui vont le rendre encore plus désirable.
À commencer par un dessin original de Jouve au crayon et à l’aquarelle (18 x 23 cm) représentant le tigre Shere Khan s’abreuvant dans une rivière ; et se poursuivant par une reliure en plein maroquin vert, du nom de Georges Cretté, le successeur de Marius Michel, ornée sur le premier plat d’un médaillon en laque à l’effigie de l’emblématique Bagheera, signé Jean Dunand, qui avait été incité par Schmied à apporter sa patte à ce livre d’exception. Alors qui se laissera hypnotiser ?
Réponse le 25 janvier.