Gustave DORÉ


Gustave DORÉ (1832-1883)
« Le petit chaperon rouge et le loup », circa 1860
Huile sur toile, signée en bas à gauche G.Doré
60 x 100 cm (à vue)

Provenance :
- French and Company, Inc., New-York, USA.
- Collection Mr Jean-Marie Rossi, France.


Lorsque Gustave Doré illustre Les Contes de Perrault (1862), il ne se contente pas d’accompagner le texte : il lui confère une dimension morale et psychologique nouvelle, typiquement romantique.
Son Petit Chaperon rouge n’est pas une scène naïve pour enfants, mais une méditation sur l’innocence, la peur et le mal. Doré met en scène lecontraste entre : L’enfant, frêle, lumineuse, naïve, symbole de la pureté et de la confiance. La forêt, vaste, sombre et oppressante, symbole du monde, du mystère et de la menace. Le loup, incarnation du mal, du désir, de la ruse, voire de la bestialité humaine. Cette tension visuelle illustre la perte de l’innocence : l’entrée dans la forêt devient une métaphore du passage à l’âge adulte, du contact avec la tentation et la cruauté du monde.
Au XIXe siècle, Le Petit Chaperon rouge garde une valeur d’avertissement moral. « Méfie-toi des inconnus, de la séduction, du danger sous des apparences douces ». Gustave Doré renforce cette dimension, Le loup n’est pas seulement un animaL. il symbolise le prédateur social ou sexuel. La fillette devient une victime de la naïveté et de la confiance. Ainsi, ses images portent un message moral et émotionnel fort, en accord avec les préoccupations morales et bourgeoises de son époque. Pour l’artiste, Le Petit Chaperon rouge est aussi une réflexion sur la condition humaine. Gustave Doré, souvent fasciné par le mystère et la mort, retrouve ici ses thèmes favoris : la peur, l’innocence, le tragique du monde.
Au XXe siècle, les artistes femmes surréalistes ont été aussi inspirés par le conte de Perrault, comme une métaphore du désir féminin et de latransgression. Dorothea Tanning, peintre et sculptrice, reprend parfois le thème de la fillette et du loup dans des visions oniriques, sensuelles et inquiétantes. Leonor Fini ou Remedios Varo évoquent aussi ce type de symbolique : l’enfance menacée, l’animalité, la métamorphose.
Cindy Sherman, célèbre photographe et féministe, se met en scène dans des rôles de contes, dont Le Petit Chaperon rouge. Dans sa série “Fairy Tales” entre 1985-1990, Elle détourne le mythe pour dénoncer les stéréotypes féminins, la peur, la violence cachée dans les récits pour enfants.


Cette composition est iconique dans l’œuvre de Gustave Doré, sa gravure célèbre est tirée d’un ensemble réalisé pour les Contes de Charles Perrault.
Publié pour la première fois dans le livre « Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités » de Charles Perrault en 1698, ce conte serait tiré d’une série d’attaques de loup ayant eu lieu dans le bois du Déluge, à Marcoussis, entre novembre 1692 et mars 1693.
En 1862, Pierre-Jules Hetzel demande à Gustave Doré de créer des illustrations pour une nouvelle édition des Contes de Charles Perrault, en format in-folio, avec des gravures pleine page qui mettraient en exergue les éléments majeurs de chaque conte.
Entre Gothique et Romantisme, Gustave Doré reprend ses registres de prédilection en mêlant des scènes champêtres, nocturnes ou romantiques.
Les gravures sont réalisées par différents graveurs dont Pannemaker pour notre sujet.
Parmi les 40 gravures réalisées pour cet ouvrage, trois gravures sont consacrées au petit Chaperon rouge : Elle recontre le loup ; Avec ses grandes dents il avait mangé une bonne grand-mère ; Le chaperon rouge fut bien étonne de voir comment sa grand-mère était faite.


La troisième gravure reprend le sujet de notre peinture.

Ces illustrations sont les oeuvres les plus célèbres de Doré et reçurent immédiatement des critiques enthousiastes, notamment celle de Sainte- Beuve dans Les Nouveaux lundis (23 décembre 1861) : "Un Perrault comme il n'y en eut jamais jusqu'ici et comme il ne s'en verra plus. (...) Je ne puis que dire que ces dessins me semblent fort beaux, d'un tour riche et opulent, qu'ils ont un caractère grandiose qui renouvelle l'aspect de ces humbles contes et leur rend de leur premier merveilleux antérieur à Perrault même."