Picabia, du côté des sentiments


Publié par la Gazette Drouot

Ce tableau appartenant à la période des « Transparences réalistes », un moment de rupture pour l’artiste, raconte aussi une belle histoire.

Ce tableau a une belle histoire : il a été vendu en 1942 à Alger, l’année même de sa réalisation, au profit de la Croix-Rouge et plus spécialement aux bénéfices des soldats américains. Les Alliés venaient d’y débarquer, la Seconde Guerre mondiale commençait à prendre une autre tournure... Il est possible que l’œuvre ait été auparavant montrée à la galerie Pasteur d’Alger et de Constantine qui, en 1942, avait justement offert une exposition à l’artiste. Cette huile sur carton raconte aussi la grande indépendance d’esprit de Picabia, qui a toujours aimé brouiller les pistes et, pour cette raison, est inclassable. Après avoir été un membre actif de l’avant-garde française, il décide de revenir à la figuration la plus classique et aborde la période des « Transparences réalistes », également appelée « Période sentimentale » par les critiques... qui ne comprennent pas ce revirement. Il est en fait bien plus moderne et complexe qu’il n’y paraît au premier regard, anticipant même, et de longue date, le pop art par cette interrogation sur le sens de la peinture comme sur celui de l’image populaire. Les œuvres de cette phase, à laquelle appartient notre tableau Sans titre, n’ont été redécouvertes qu’à partir des années 1970, et encore plus récemment appréciées. Aujourd’hui, elles sont un jalon essentiel du long parcours créatif de Picabia.


VENDREDI 5 DÉCEMBRE, SALLE 16 - HÔTEL DROUOT.
TESSIER & SARROU ET ASSOCIÉS OVV. M. SCHOELLER.

Francis Picabia (1879-1953)
Sans titre, vers 1942
Huile sur carton contrecollé sur panneau, signé en bas à gauche.
106,5 x 76 cm