3 QUESTIONS À FRÉDÉRIC BEIGBEDER
Publié par la Gazette Drouot
Ecrivain, président du jury du prix Paul-Jean Toulet
Depuis quand vous intéressez-vous à Paul-Jean Toulet ?
J’ai entendu parler de lui depuis ma toute petite enfance. C’est le grand poète de Guéthary, où j’habite, la gloire de ce village basque où il est enterré. Comme tout le monde, j’ai appris à l’école Baudelaire et Rimbaud, puis il y avait ce poète de la fin du XIXe considéré comme mineur. Pour un adolescent, lire Les Contrerimes, c’est rencontrer un farceur, un espiègle, qui parle de choses festives, d’alcool, de courtisanes, un noctambule, un drogué qui fumait de l’opium. Il devient un ami. Lire Toulet, c’est une partie de plaisir, et j’aime sa façon de ne pas se prendre au sérieux tout en étant un poète très fin, très ambitieux.
Pourquoi l’a-t-on considéré comme un poète mineur ?
Précisément parce qu’il était fantaisiste, peut-être pas assez profond aux yeux des professeurs. On lui demandait s’il était un poète léger, il répondait : « Oui, je suis un poète “léger comme la cendre” ». Cela dit tout sur lui : le bonheur d’être triste. Dans son style, Toulet ressemble à Colette. Il y a beaucoup de fleurs, de gourmandises et de plaisir.
Ils ont dû se croiser, puisqu’il a prêté sa plume à Willy, comme Colette a écrit des livres de son mari. Je fantasme sur leur rencontre, car ils auraient très bien pu être amis, et pourquoi pas amants ! J’aurais aimé être là, dans un restaurant des Champs-Élysées, les voir se rencontrer et déclamer quelques poèmes.
Quel est le sens du nouveau prix Paul-Jean Toulet, qui sera décerné le 17 mai prochain au café du Fronton à Guéthary ?
C’est un prix qui avait été créé il y a une quarantaine d’années par quelques amateurs de Toulet, notamment Michel Bulteau, Jean-Louis Curtis et Jean Dutourd, puis il avait cessé d’être décerné. Avec une bande de nouveaux admirateurs, le biographe de Toulet Frédéric Martinez, Frédéric Schiffter, Léon Mazzella, Florence Chataignier, Maria Larrea et Aude Lancelin, nous nous réunirons chaque année à Guéthary pour couronner un auteur qui nous semble dans la tradition de cet esprit « léger comme la cendre », futile sans l’être. C’est tout un art d’avoir l’air primesautier et d’être en réalité au bout du rouleau !