Collection Hugues Gall, symphonie picturale
Publié par la Gazette Drouot
Les amitiés d’Hugues Gall ne furent pas seulement professionnelles. En témoigne ce tableau Effervescence, estimé entre 80 000 et 120 000 €, offert par Chu Teh-chun, membre lui aussi de l’Académie des beaux-arts, et dédicacé « À mon cher confrère, en témoignage d’amitié » (voir Gazette n° 36, page 8).

L’artiste est devenu académicien trois ans avant le directeur d’opéra. Quoi de plus naturel que les deux hommes se rencontrent et s’apprécient. L’un a dédié sa vie à la musique et l’autre, pionnier de l’abstraction lyrique, ne composait-il pas des symphonies picturales ? L’une de ses œuvres monumentales, Les Éléments confédérés, peinte en 1983 et vendue l’équivalent de 14,6 M$ à Hong Kong en 2020, est d’ailleurs directement inspirée par la Symphonie n° 9 de Beethoven. Hugues Gall était aussi très sensible à la peinture. Il fut, jusqu’à sa disparition, directeur de la Fondation Monet. C’est dans un ancien atelier du peintre, dont il avait fait son bureau, qu’une des pièces les plus émouvantes de la collection avait pris place, juste à côté d’une photo de Claude Monet, prise par Sacha Guitry dans les jardins de Giverny. Le Portrait d’Arthur Rimbaud par Paul Verlaine (voir Gazette n° 41, page 37) lui a été légué par Paul-Annik Weiller, fils du célèbre mécène Paul-Louis Weiller : « Mon meilleur ami. Il savait que cela me plairait. Il a eu raison. » La baronne Minka Schey von Koromla a tenu, elle aussi, à lui transmettre une flûte traversière provenant de Saxe et conçue dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, en porcelaine et richement décorée. Certains modèles similaires sont conservés notamment au Metropolitan Museum of Art de New York ou à la Philharmonie de Paris. Notre exemplaire, estimé entre 4 000 et 5 000 €, provient à l’origine des collections Goldschmidt-Rothschild et Rothschild de Francfort. Lorsque l’on parcourt les photos de l’appartement de Hugues Gall, on comprend mieux les goûts d’un homme à la culture universaliste qui, plus que collectionner, aimait s’entourer d’objets qui vivaient avec lui tout en dressant un portrait en creux de leur propriétaire. Ils proviennent du bassin méditerranéen avec ce décadrachme d’argent (Syracuse - 15 000 / 20 000 €) et signée par le célèbre graveur sicilien du IVe siècle av. J.-C., Évainète, ou cette sculpture représentant un bélier d’époque romaine (12 000 / 15 000 €). D’autres font écho à son attrait pour l’Asie, notamment le Japon, avec une série de tsubas estimés quelques centaines d’euros, une paire de verseuses de l’époque d’Edo (1603-1868) en porcelaine d’Arita et monture hollandaise en argent (6 000 / 8 000 €) ou un okimono en bronze (1 000 / 1 200 €). Sur le mur d’un des salons de l’appartement, on découvre deux peintures chinoises de la fin du XVIIe siècle, l’une représentant cinq lettrés assis au bord de la rivière (5 000 / 6 000 €) et l’autre un cavalier mongol montant un cheval noir qui porte plusieurs cachets de collectionneurs – dont deux apocryphes, pratique courante selon l’expert de la vente – du calligraphe chinois Liang Qinbiao (5 000 / 6 000 €). Entre les deux œuvres, et ce n’est sans doute pas un hasard, une sérigraphie en noir et or, Composition abstraite. Archipel 1, 2005 (2 000 / 3 000 €) de l’artiste contemporaine Fabienne Verdier, qui a passé dix ans à étudier la peinture moderne en Chine. S’il n’est pas à proprement parler l’axe principal de l’univers d’Hugues Gall, l’art contemporain n’est pas absent. Olivier Debré lui a dédicacé une huile sur toile Signe jaune, de 1998 (2 000 / 3 000 €), placée au-dessus d’une petite bibliothèque de la chambre. Elle côtoie les dessins de Jean Cocteau, Arik Brauer ou Georg Baselitz. Posée sur une commode du XIXe siècle, juste au-dessous de l’œuvre de Chu Teh-chun, une sculpture en bronze d’Arman, Colère de violon, dont on attend entre 2 000 et 3 000 €.
Allemagne, Saxe, seconde moitié du XVIIIe siècle.
Flûte traversière en porcelaine en quatre parties décorées de bouquets de fleurs polychromes et rinceaux or, une clef montée sur pivot sur bague, bagues et clef ouvragée en laiton.
L. totale 63 cm.
Estimation : 4 000/5 000 €
Lundi 2 décembre, salle 9 – Hôtel Drouot.
Tessier & Sarrou et associés.