UDERZO Albert (1927-2020) - Lot 331

Lot n° 331
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Estimation :
120000 - 180000 EUR
UDERZO Albert (1927-2020) - Lot 331
UDERZO Albert (1927-2020) Astérix - Les lauriers de César Encre de Chine sur papier pour la planche 39 de l'album. Signé et dédicacé en bas. 47,8 x 38,7 cm. Dargaud, 1972. Les Lauriers de César (1972), Astérix et Obélix doivent retrouver la couronne de César, prétexte pour un voyage initiatique et burlesque à Rome. Cette planche n°39 marque un tournant comique dans l'album. La mission sérieuse vire en effet au chaos, symbole du contraste entre la discipline gauloise et le désordre romain. C'est l'une des dernières périodes où Uderzo et Goscinny travaillent en parfaite symbiose. Uderzo y atteint un sommet graphique, tout en explorant de nouvelles ambiances urbaines (Rome, par opposition à la campagne gauloise). L'analyse stylistique de cette planche permet d'illustrer plusieurs traits caractéristiques du style d'Uderzo à son apogée au début des années 1970 : - Les silhouettes noires dans la première case : Elles rendent compte du jeu sur les ombres qu'Uderzo utilise pour créer la transition crépusculaire, procédé rare dans l'univers d'Astérix utilisé ici pour l'infiltration nocturne. - La gestuelle caricaturale des romains ivres (le soldat qui chante) : L'attitude élastique et exagérée du personnage romain ivre est bien le fruit du sens du mouvement théâtral de l'auteur. - Le cadrage : L'alternance entre plans larges et plans rapprochés, toujours au service de la lisibilité narrative, un héritage direct de l'école franco-belge classique. La qualité artistique de cette planche réside notamment dans le trait d'Uderzo, ici d'une maitrise absolue (chaque visage est expressif, lisible, même en silhouette), et surtout dans l'encrage. Le soin particulier apporté à la pose de l'encre de Chine montre qu'Uderzo lui même a accompli cette tâche. Les ombres sont travaillées en aplats d'encre noire denses, équilibrant la composition sans perdre la clarté. C'est un parfait équilibre entre lisibilité et expressivité. Les références historiques et culturelles sont présentes dans l'album des lauriers de César et dans notre planche. Celle-ci se déroule à Rome, au coeur du pouvoir impérial, ce qui est rare dans les premiers albums (Astérix est souvent cantonné à la Gaule). Les rues étroites, les monuments, la sebaciara (vigilante nocturne romaine) et les tuniques romaines sont autant de détails soigneusement documentés mais volontairement détournés pour servir la comédie. Les jeux de mots et anachronismes sont comme souvent chez Goscinny bien présent dans cette planche. « Les bibelots de chez Tifus » font écho aux slogans publicitaires contemporains de la France des années 1960-70 et les chants paillards romains parodient les chansons à boire gauloises ou latines. Goscinny mêle érudition et humour populaire, une marque de fabrique qui fait d'Astérix une satire autant historique que sociale. Ainsi cette planche se moque des Romains décadents et corrompus, du culte de César et, en creux, des excès de la société contemporaine (consumérisme et beuveries).
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