Un héritage du Japon féodal


Publié par la Gazette Drouot

Multipliant les références à l’histoire, à la littérature, à la religion ou aux arts, les tsubas constituent une petite encyclopédie du Japon. Ils témoignent en outre du soin infini apporté à chaque étape de la création d’un sabre, attribut le plus important du guerrier : avec l’instauration du régime militaire (bakufu ou shogunat) en 1192, les samouraïs sont au sommet de l’élite. Ils cherchent dès lors à faire valoir leur statut et à rivaliser avec l’aristocratie. Cette distinction se matérialise particulièrement dans le sabre, qui devient l’objet de toutes les attentions. À partir de 1588, seuls les samouraïs sont autorisés à le porter. Ils en possèdent une paire, appelée daishô, composée d’une grande arme (katana) et d’une plus petite (wakizashi). Arme d’estoc et de taille, la première se manie à deux mains et sert à l’attaque, quand l’autre, maniable d’une seule main, sert à la parade et s’avère décisive dans les lieux exigus. Le daishô demeurera le symbole par excellence du samouraï, jusqu’à la disparition progressive de celui-ci, avec la fin du shogunat en 1868, durant l’ère Meiji. En 1876, un décret impérial, interdisant le port d’arme en public, sonne définitivement le glas de cette classe de guerriers qui dirigea le Japon féodal pendant près de sept cents ans.

Si les samouraïs ont disparu, leurs armes demeurent. Elles se devaient d’être aussi esthétiques que pratiques. Les lames, façonnées par des maîtres forgerons réputés, suivaient le guerrier tout au long de sa vie. Et le reste du sabre lui non plus n’était pas négligé, des artisans de talent étant sollicités pour en concevoir l’ensemble décoratif, dont le tsuba est l’élément central. Les plus anciens exemplaires connus remontent à l’ère de Kofun (250-538). Ils se généralisent ensuite à l’époque de Nara (710-794). D’abord purement défensifs, ils sont alors assez fins et souvent réalisés dans un seul type de métal. Au sein de la collection Liebermann, les plus anciens datent du XVIe siècle et présentent une ornementation parfois très complexe, à l’instar d’un spécimen de l’école d’Akasaka en fer ajouré, figurant un poème de 31 syllabes et cinq vers (2 000 / 3 000 €).


Japon, époque d’Edo
Tsuba en fer ciselé en faible relief, orné d’une carte du Japon d’un côté, incrusté d’or et d’argent et en léger relief, et de symboles shinto de l’autre
Ecole Umetada
H. 7,8 cm. 
Estimation : 2 000 / 3 000 €