P comme porcelaine chinoise


Publié par la Gazette Drouot

La céramique est à la Chine ce que la peinture et la sculpture sont à l’Europe. Si cette dernière distingue la porcelaine translucide des autres céramiques chinoises, l’empire du Milieu est moins restrictif.

Il est admis en Europe que le kaolin, une argile blanche, fait la véritable porcelaine translucide, dure et sonore. En Chine, ce sont de hautes températures de cuisson qui valent aux céramiques de décrocher le titre convoité. Elles ont toutefois en commun leur composition : une pâte mêlant kaolin et roche feldspathique, petuntse, la « pierre à porcelaine ». La forme obtenue au tour ou au moule peut être incisée, ornée de reliefs rapportés ou d’un décor peint, avant ou après la pose d’une couche émaillée qui rend la porcelaine imperméable. Cet émail protecteur est appelé couverte ou glaçure. Les deux sont obtenus en mélangeant un fondant (un minéral fusible) à des oxydes métalliques dont la palette varie selon l’époque et les avancées technologiques. Les couvertes cuisent à température élevée, dite de « grand feu » (entre 1200 et 1300°C), se distinguant des glaçures qui ne supportent que le « petit feu », inférieur à 900 °C. Savoir distinguer les couvertes des glaçures aide à situer chronologiquement une pièce.

Le décor sous couverte
Une pièce de porcelaine crue peut être enrobée d’une couverte colorée ou transparente, ou décorée d’oxydes métalliques – vert de cuivre, rouge de cuivre, bleu de cobalt – délayés dans de l’eau avant la pose de la couverte ; c’est le décor sous couverte. Cette technique délicate exclut tout repentir, car la pâte crue absorbe immédiatement les oxydes qui peignent le décor. Quant aux pigments, ils supportent logiquement la même température de cuisson que la couverte qui les recouvre, mais changent de couleur si la cuisson n’est pas parfaitement maîtrisée. La fusion des matériaux dans le four permet d’obtenir une pièce lisse dont la couverte est indissociable du corps. Cette porcelaine monochrome ou décorée peut encore être ornée d’un décor d’émail à petit feu.

Le décor sur couverte
Cette technique permet à l’artisan de modifier son dessin puisqu’il pose ses émaux après la première cuisson, sur une surface vitreuse et lisse. Une fois satisfait de son œuvre, le potier cuit au petit feu cette pièce dont le principal défaut tient à la fragilité de son décor, qu’aucune couverte ne protège.

Le biscuit de porcelaine
Un autre procédé consiste à faire sécher la forme crue avant de la cuire à basse température, cuisson au cours de laquelle les particules de petuntse enrobent celles de kaolin, comme « la chair et les os », selon une formule chinoise. La pièce sort du four, blanche et mate : c’est le biscuit de porcelaine. Ce dernier peut être laissé tel quel ou revêtu d’un décor d’émail ne tolérant que le petit feu : c’est le décor de glaçure, constitué d’émaux ne tolérant que la cuisson au petit feu.

Une affaire de goûts
La porcelaine de Chine apparaît dans sa forme blanche et translucide à la fin du VIIIe siècle, sous la dynastie des Tang (618-906). L’influence du Moyen-Orient imprègne des formes monochromes qui copient et remplacent l’argenterie. Parallèlement, les « trois couleurs » sancai des glaçures sur biscuit marient des teintes brunes, ambres, jaunes, plus rarement bleues, sur de la vaisselle ou des statuettes funéraires. L’épure des formes s’exprime avec délicatesse sous la dynastie des Song (960-1279). Si les porcelaines sont petites, leurs proportions et leurs lignes archaïques chinoises traduisent l’érudition raffinée des élites. Les couvertes blanches aux textures crémeuses des fours de Ding sont alors prisées, tandis que les nuances vertes des couvertes céladon évoquent le jade.
Un tournant advient sous la dynastie des Yuan (1279-1368), d’origine mongole : l’effervescence commerciale bouleverse les décors qui bénéficient à nouveau des influences islamiques et de l’importation du cobalt. Les potiers en profitent pour développer le décor contrasté bleu et blanc sous couverte, qinghua. Son succès s’incarne dans les meiping, des vases très épaulés, ou dans des gourdes ou des plats créés pour le Moyen-Orient.
Dès 1369, la dynastie Ming (1368-1644) impose la porcelaine pour les rites officiels. Les monochromes présentent parfois des décors secrets anhua, traités en incisions si légères dans la pâte crue qu’ils sont à peine perceptibles sous la couverte. Cette finesse d’élite méprise encore les décors de plus en plus colorés inspirés des soieries, mais cela ne dure pas. La bourgeoisie s’éprend des décors rouges de cuivre et bleu sous couverte, des « couleurs contrastées » doucai et des « cinq couleurs » wucai caractérisés par une combinaison de bleu sous couverte et d’émaux polychromes sur couverte. Les fours de Jingdezhen, capitale de la porcelaine dès le XVe siècle, produisent des milliers de pièces bientôt frappées des marques impériales, tandis que ceux de Dehua fabriquent d’admirables porcelaines blanches. Parallèlement, des fours commencent à produire pour la classe moyenne en nivelant la qualité.
Les productions variées de la dynastie Qing (1644-1912) réservent à l’usage impérial un nouveau jaune lumineux. Au XVIIIe siècle, la porcelaine chinoise est à son apex, séduisant l’Europe, à laquelle elle emprunte des influences rocailles. Le développement des wucai donne naissance à la famille verte, où dominent les émaux verts sur couverte. Puis l’invention des émaux rose et blanc élargit la palette de tons pastel et s’exprime dans la famille rose, particulièrement prisée dans la première moitié du XVIIIe siècle. Le règne de Qianlong (1735-1796) clôt cet âge d’or qui s’étiole au XIXe siècle dans une production pléthorique de copies ou de scènes de jardins, d’enfants et d’animaux sur fond blanc. Autrefois capable de séduire le monde en adaptant ses formes, la porcelaine contemporaine semble figée dans le passé. Quelques artistes, comme Zhang Hongtu ou Lei Xue, l’en ont extirpée en troquant les bols à thé pour des bouteilles et des cannettes de soda modelées en porcelaine qinghua.


Chine, époque Zhengde (1506-1521)
Vase balustre à haut col évasé polylobé en porcelaine blanc bleu sous couverte
Marque à quatre caractères en kaishu de Zhengde
H. 44,6 cm.

Mercredi 12 juin, Hôtel Drouot, Tessier & Sarrou et associés OVV, Cabinet Portier et associés.
Adjugé : 755 200 €