DROUOT 2025 – HUGUES GALL, DES CABINETS MINISTÉRIELS À L’OPÉRA
Publié par Drouot
Son nom restera associé à la musique et à l’opéra, tant à Genève qu’à Paris. La vie d’Hugues Gall (1940-2024) fut consacrée au rayonnement de la culture et sa collection témoigne de ses goûts classiques et exigeants, d’un dessin de Verlaine à une peinture de Chu Teh-Chun.

Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts, le compositeur Laurent Petitgirard a salué « la mémoire d’une personnalité majeure du monde de l’opéra, de la musique et de l’administration de la culture ». Rappelons que le jeune Normand a débuté sa carrière en 1966 au cabinet d’Edgar Faure, au ministère de l’Agriculture puis, deux ans plus tard, au ministère de la Culture. À ce poste, chargé des enseignements artistiques, il crée, avec Marcel Landowski, directeur de la musique auprès d’André Malraux, la filière musicale au baccalauréat. En 1969, nommé secrétaire général de la Réunion des théâtres lyriques nationaux, Hugues Gall devient l’adjoint de Rolf Liebermann au théâtre national de l’Opéra jusqu’en 1980. Cette année-là, il rejoint le Grand Théâtre de Genève, dont il assure la direction jusqu’en 1995. Enfin, il occupe le poste de directeur de l’Opéra de Paris de 1995 à 2004. Il siège dans plusieurs conseils d’administration comme celui du château de Fontainebleau, préside de nombreuses commissions, dont celle chargée de pourvoir le poste de directeur de la Villa Médicis, à Rome. Élu par ses confrères de l’Académie des beaux-arts directeur de la Fondation Claude-Monet à Giverny, c’est dans ce lieu cher à son cœur qu’il choisit d’être inhumé. Homme élégant, ouvert sur toutes les cultures, avec une prédilection pour le bassin méditerranéen et l’Asie, Hugues Gall s’est entouré d’objets évoquant des rencontres, des souvenirs de ses voyages et « d’achats dictés par l’enthousiasme et guidés par une vaste culture, et de souvenirs de ses amis », écrit Gérard Fontaine, chercheur et auteur spécialiste d’art lyrique. Paul-Annik Weiller, fils du célèbre mécène Paul-Louis Weiller, lui lègue Le Portrait d’Arthur Rimbaud par Paul Verlaine. « Mon meilleur ami. Il savait que cela me plairait. Il a eu raison. » Ce dessin à la plume et encre brune fut choisi par le poète pour illustrer le frontispice des Poésies complètes de Rimbaud (1854-1891). Il a été exécuté « de mémoire », selon l’annotation autographe de Verlaine au bas du personnage. Souvenir d’une époque plus heureuse, qu’il situe en juin 1872. Faisant abstraction de la réputation sulfureuse de son jeune compagnon, il le représente cheminant, confiant dans son destin. Verlaine avait cependant pris soin, dans la dernière phrase de sa préface, d’évoquer le « vœu bien formulé » de Rimbaud « d’indépendance et de haut dédain de n’importe quelle adhésion à ce qu’il ne lui plaisait pas de faire ni d’être ». De haute lutte, un amateur l’emporta à 585 000 €. Fusionnant son amour de la musique et ses amitiés, une flûte traversière en porcelaine réalisée en Saxe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle lui a été léguée par la baronne Minka Schey von Koromla (1909-1982). Selon ses dires, elle provenait des collections Schey de Vienne, et, à la génération précédente, des collections Goldschmidt-Rothschild et Rothschild de Francfort. Cette flûte séduisait à 20 800 € un autre amateur raffiné. Adjugée 204 100 €, Effervescence, peinte en 2006 par Chu Teh-Chun (1920-2014), membre lui aussi de l’Académie des beaux-arts, et dédicacée à « mon cher confrère Hugues Gall en témoignage d’amitié », ne pouvait que séduire ce mélomane érudit, fasciné par le mouvement et la liberté des artistes de toutes les disciplines.
