Coupe dite de Calvin


Verre à jambe en verre translucide légèrement jaune. La coupe hémisphérique est lisse. Elle repose sur une jambe formée d’un anneau et d’un balustre creux soufflé. Le pied est lisse également, réuni à la jambe par un gradin. 
Venise ou Façon de Venise, milieu du XVIe siècle
H. 18 cm  Diam. 18 cm
(Restaurations)
20 000 / 30 000 €

Cette coupe sur pied est parfaitement identifiable à la production vénitienne du milieu du XVIe siècle. Sa conception en trois parties, un pied assez plat, une jambe en balustre et une coupe, obéit à un schéma classique qui apparaît au milieu du XVIe siècle. Les années 1550 marquent un tournant dans la production italienne. Les formes changent et l’on passe de gobelets robustes à des verres très légers, transparents, presque aériens.


Le musée des Arts décoratifs de Paris conserve deux verres très comparables datés du troisième quart du XVIe siècle. Un verre à jambe avec une coupe à bosses (inv n° 10348) (fig. a) et un autre dont le balustre de la jambe est très proche (inv n°A 62 D) (fig. b)
Le musée des Arts décoratifs de Bordeaux conserve également dans la collection du Mesnil une coupe presque identique à celle-ci. (inv n° TCP0033) (fig. c)

Cette coupe est particulièrement remarquable par son histoire et le témoignage qu’elle suscite sur l’histoire du Protestantisme dans la Drome et en France. En effet, la liste de ses propriétaires est établie depuis la fin du XVIe siècle, et elle aurait servi à Calvin pour célébrer la Sainte-Cène en août 1561.

Calvin se rendait à Valence où il y avait eu des persécutions et notamment le meurtre de pasteurs responsables de la communauté protestante. Parti de Genève le 6 août 1561, il fit une halte chez Raymond de Blaïn, seigneur de Poët-Célard en son château de Saint-André (Drôme). Un grand nombre d’officiers protestants se trouvaient dans la forêt de Bourdeaux, à quelques kilomètres du château. Ils voulurent prier avec Calvin et recevoir de lui la communion, renouvelant leur serment de rester attachés « à la pure et sainte doctrine réformée ».
Calvin célèbre donc la Sainte-Cêne avec cette coupe comme calice. En souvenir de cette visite, le seigneur Raymond de Blaïn fit placer un buste de Calvin dans le trumeau de la cheminée de la salle d’honneur du château, là où la célébration eu lieu. Ce buste était encore présent autour des années 1870. La coupe ayant servi à la célébration fût précieusement conservée. Elle resta au château, dans la famille jusqu’à la Révolution. Le seigneur du lieu, Pierre Joseph Louis de Blaïn de Marcel, marquis de Poët-Célard fût inquiété et considéré comme suspect. Grâce à un complice, François Descours, il réussit à se cacher. Pour le remercier, le marquis remis cette coupe à son sauveur. Elle passa ensuite à sa fille unique qui épousa Monsieur de Saulces de Latour, juge de paix ; puis à leur fille épouse du célèbre pasteur Alexis Muston. Le gendre de ces derniers, Adolphe Chauvet, pasteur également la donna à sa fille, Marguerite Chauvet épouse d’Edouard le Danois. Leur fille Yseult la transmis à son cousin germain Jean-Pierre Trouchaud, puis par descendance.

Des recherches ont été menées sur le parcours de Calvin lors de son séjour en Dauphiné. Il est attesté qu’il est absent
de Genève du 6 au 12 août 1561. Les archives protestantes de la Drôme nous renseignent de ce soutien que le chef protestant a voulu apporter à des communautés réformées qui subissent les premières persécutions importantes. Les routes empruntées, que la tradition a conservé en mémoire, sont celles qui passent par des lieux reculés, dont celles du château de Poët-Célard.
Ce château venait d’être achevé par son propriétaire et a servi de lieu de replis à des soldats protestants pendant la période difficile des persécutions religieuses.

La « dévotion » autour de cette coupe a toujours été préservée au sein de familles fidèles et au service de la foi protestante. Elle est considérée non comme une relique mais comme un témoignage du martyr de protestants au cours des guerres de religion en France. Par ailleurs cette coupe figure sur le site du musée du Protestantisme qui propose des expositions virtuelles. L’exposition dédiée au Pasteur Muston est illustrée par ce précieux témoignage de la vie protestante au XVIe siècle (fig. d).



Livres consultés :
- Constance Rubini, Catalogue de l’exposition, Verres d’usage e d’apparat,
de la Renaissance au XIXe siècle. La collection du Mesnil au musée des Arts décoratifs, hôtel de Lalande, Bordeaux, présentée au musée des Arts décoratifs de Bordeaux du 13 décembre 2013 au 30 mars 2014. cat 5.
- Erwin Baumgartner, Venise et Façon de Venise, verres renaissance du Musée des Arts décoratifs, 2003, cat 26 et 27 pp 74-76.
- André Mailhet, Le voyage de Calvin à Valence, in Bulletin de la société de l’Histoire du Protestantisme Français, IVe année, septembre-octobre 1906, pp 403-416