Les seigneurs des anneaux


Publié par la Gazette Drouot

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les objets des jeux Olympiques allument la flamme chez les collectionneurs.
Un sujet évidemment tendance !

L’offre culturelle autour des jeux Olympiques est pléthorique, un peu trop pour certains et de qualité inégale pour d’autres, mais elle propose heureusement aussi quelques pépites, attendues ou plus surprenantes. Aux enchères, entre torches officielles, affiches, médailles et photographies, c’est un véritable marathon qui attend les collectionneurs ou, tout simplement, les amateurs. Et ils sont assez nombreux à être fascinés par cette épopée des temps modernes venue de l’Antiquité grecque et qui, depuis sa première édition en 1896, n’a cessé de progresser et de s’ouvrir. L’occasion est parfaite pour voir qui monte sur le podium du côté des enchères, parce que si l’important sera toujours de participer, gagner procure quelque satisfaction !


Médaille d’or pour la torche
Quel objet plus emblématique que la torche peut-on trouver pour symboliser les Jeux ? Cela se traduit aussi sur le terrain des enchères où elle truste les premières marches. Vingt-quatre modèles sont référencés sur le site de la Gazette, la médaille d’or revenant à celle de Grenoble 1968, une pièce en tôle cuivrée constituée d’un long manche garni d’une prise en feutrine rouge. Proposée par Beaus- sant Lefèvre & Associés en décembre 2021, elle s’allumait à 127 000 €. Si celle-ci est autant recherchée, c’est qu’elle a été fabriquée artisanalement, et en trente-trois exemplaires seulement, par la Société technique d’équipement et de fournitures industrielles (STEFI). Ainsi, avec celle des Jeux d’Helsinki de 1952, dont seuls vingt-deux exemplaires ont été créés, elle est l'une des plus rares. Petit rappel tout de même, la torche, un flambeau inspiré de l’Antiquité, est un témoin du relais de la flamme qui parcourt le pays invitant. Celle des XVIes Jeux d’hiver, ceux d’Albertville de 1992, familièrement surnommée « La Corne » parce qu’elle symbolise les cornes des vaches de race tarentaise, est la plus design. Rien de surprenant à cela : elle a été dessinée par Philippe Starck et réalisée en acier inoxydable dans des usines savoyardes. Alors, bien qu’elle existe en 130 numéros, elle se négocie entre 20 000 et 30 000 € et sa cote est assez stable : 27 525 € pour l’une vendue à Lyon le 15 février 2024 chez De Baecque & Associés, 27 218 € pour une autre, à Amiens le 3 juillet 2022 chez Hubert Deloute Vente aux Enchères. Enfin, il était logique qu’un prince féru de sport s’intéresse à l’objet le plus royal des Jeux...
En 2012, lors des jeux Olympiques d’été de Londres, le prince Albert de Monaco, président du comité olympique monégasque et membre du CIO, avait exposé sa collection de torches, mais seulement les seize des JO d’été, allant de 1936 à 2008. Cette année, le siège parisien de l’Unesco était pressenti pour présenter cette fois sa collection complète de quarante modèles, mais elles enflammeront finalement le Grimaldi Forum de Monaco.

Couronnes d’olivier modernes
On sait tous que ces Jeux de l’ère moderne sont le fait d’un homme, le baron Pierre de Coubertin – à la personnalité controversée –, et si on lui prête le fameux « l’important c’est de participer », aux Jeux comme aux enchères, tous essaient avant tout de gagner et de repartir avec une médaille. Déclinée en or, argent et bronze, elle constitue le graal absolu récompensant les trois premiers athlètes dans chaque discipline, et a été introduite lors de l’édition de Saint-Louis en 1904. On ne les trouve pas en si grand nombre, les athlètes – et on les comprend – les conservant. En juillet 2022, Coutau-Bégarie a vendu pour 18 032 € l’une des 254 médailles d’or – en vermeil ! – des Jeux d’été d’Amsterdam en 1928, dessinée par l’Italien Giuseppe Cassioli, et pour 6 955 €, l’une des 304 médailles de bronze – en bronze ! – octroyées à Paris en 1924. Vermot & Associés organise régulièrement des vacations sur le thème de l’olympisme. Lors de sa session du 2 avril 2022, ce sont deux pin’s « Coq », des badges d’accès donnés à l’équipe de France à Stockholm en 1956, qui surprenaient en chantant haut et fort à 5 418 € ; et le 19 décembre 2023, la même mai- son accrochait une médaille d’or des Jeux d’Atlanta de 1996 à 9 088 €. Il s’agit de celle attribuée à Cyril Bos pour la victoire de l’équipe de France de poursuite en cyclisme.

De l’histoire à l’actualité
Tout le monde ne s’en souvient pas, mais en 1900, pour la seconde Olympiade de l’époque moderne, des voitures concouraient ! Les épreuves mécaniques ne seront jamais renouvelées : une plaque – et non une médaille – en or sculptée par Frédéric-Charles-Victor de Vernon, prix de Rome et récipiendaire d’une médaille d’or lors de l’Exposition universelle de la même année – cela ne s’invente pas –, est donc un spécimen des plus rares. Un exem- plaire est conservé au Musée olympique de Lausanne, celui proposé par Crait + Müller le 31 mai 2024 roulait à 16 670 €.
Les Jeux racontent des histoires et participent à l’Histoire, et leur évolution suit souvent celle de la société. Pour l’édition parisienne de 1900, par exemple, le Comité international olympique décide – enfin – d’ouvrir la compé- tition aux femmes, mais dans une petite poignée de disciplines et, sur les 997 participants, elles seront 22 seulement.
En 2022, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le CIO bannit les athlètes russes et biélorusses avant d’en réintégrer certains sous bannière neutre. Ils pourront participer au JO de Paris, mais ne seront pas conviés au défilé sur la Seine, et leurs médailles ne seront pas comptabilisées. L’occasion de se souvenir que, après la révolution russe de 1917, ces athlètes n'étaient revenus sur la scène internationale qu’en 1952, à Helsinki. Avant cette date, le régime de Staline y était fermement opposé et avait inventé les Spartakiades, en hommage à Spartacus qui avait mené la révolte des esclaves romains entre 73 et 71 av. J.-C. Il s’agissait de mettre en avant l’interna- tionale soviétique. La première Spartakiade s’est tenue à Moscou en 1928. Un lot de huit cartes postales vendu sous le marteau – et non la faucille – de Giquello 4 550 €, le 29 mars 2022, rappelait cette époque. C’est ensuite un chronographe Omega Olympic au cadran noir et blanc – vendu 3 225 € par Osenat en avril 2022 – qui apportait le témoignage d’un événement tragique. Inventé pour la course automobile, ce modèle a servi durant les JO de Munich en 1972, une édition rendue tristement célèbre par la prise d'otages meurtrière visant onze athlètes israéliens.

Un travail de communication
Les affiches sont une tradition depuis les Jeux de Stockholm en 1912 et dès lors, chaque comité d’organisation y a mis à l’honneur ses symboles. Les affiches officielles de Paris 2024 ont été dévoilées le 4 mars au musée d’Orsay. Il s'agit de deux affiches complémentaires conçues comme un diptyque par Ugo Gattoni. Le plasticien, né en 1988, a choisi de montrer Paris telle une ville stade pour « ouvrir grand les yeux ». En 1924, pour les derniers Jeux organisés à Paris, deux affiches avaient été retenues par le Comité sur les 150 projets qui lui avaient été soumis. Jean Droit (1884-1961) et Orsi en étaient les auteurs. Les deux artistes optent alors pour des approches bien différentes. Le premier dessine un groupe d’athlètes torse nu, bras droit levé pour prêter le serment olympique, la tête tournée vers la droite : une attitude presque guerrière qui n’est pas sans faire écho aux illustrations mises en avant durant la décennie suivante par le fascisme. Celle d’Orsi est plus universelle : son athlète seul est fixé en plein lancer de javelot devant un paysage parisien dans lequel on distingue très nettement la tour Eiffel et le Sacré-Cœur, qui, il y a tout juste un siècle, s’était déjà vu retirer sa croix... Aux enchères, elles faisaient consensus, chacune étant adjugée 3 225 € par Tessier & Sarrou et Associés le 15 avril 2024.
Ce tour d’horizon – ou petit marathon – se conclut sur la performance de Camille Lacourt aux jeux Olympiques d’été de Rio. On est en 2016, le nageur français rate le podium de peu mais il a tout donné, et Franck Seguin immortalise pour L’Équipe ce moment de fusion entre l’athlète et son élément. Un tirage unique postérieur était proposé lors de la vente du fonds photographique du journal sportif le 29 octobre 2021, sous le marteau de Boisgirard-Antonini. Cette fois, en grand champion, il accédait à la première marche avec 16 744 €. À n’en pas douter, l’édition parisienne va fournir de nouveaux souvenirs – dont 2 000 torches... – appelés à devenir des pièces de collection, l’histoire se répète parfois aussi pour le meilleur. Alors ciltius, altius, fortius, et depuis 2021, « ensemble » !


Adjugé : 3 225 €
ORSI (1889-1947)
VIIIe Olympiade, Paris 1924
Affiche lithographique, Phogor, Paris
120,5 x 80 cm.

Online Only, 15 avril 2024.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Mme Dantec.