La Chine sonnera deux fois


Publié par la Gazette Drouot

Une cloche de l’époque Kangxi donnait le la de cet après-midi riche de quelques pépites, dont un rare vase en porcelaine reprenant la forme d’un bronze archaïque.

Son parcours étant parfaitement retracé – car provenant de la famille de Semallé (1849- 1936), secrétaire de la Légation de France à Pékin entre 1880 et 1884 –, la cloche rituelle bianzhong en bronze doré avait tout pour faire résonner un son pur et juste (reproduite page de gauche et voir Gazette n° 22, page 8). Ce fut chose faite et bien faite : le gong du commissaire-priseur frappait pour l’adjuger à 512 000 €. La même maison avait vendu un autre modèle en décembre 2019, qui avait atteint 665 000 €. Présentant tous deux un décor de dragons, ils étaient donc réservés à un usage impérial. Ce type d’instrument de musique, appartenant à un vaste carillon de douze pièces, témoigne du raffinement et de la stricte codification des rituels à la cour des Qing, sous le règne du grand Kangxi, féru de musicologie. Rappelons que l’art campanaire remonte à l’âge du bronze, la musique exprimant alors la joie. 

 

 
Le second temps fort de l’après-midi était plus discrètement avancé. Pourtant, c’est lui qui emportait la palme. Après une longue bataille d’enchères au téléphone et dans la salle, ce vase balustre en porcelaine bleu et blanc (reproduit ci-contre) était finalement emporté à 755 200 € (voir Gazette n° 23, page 56). L’objet présente un intérêt tout particulier : il ne s’agit pas d’un « bleu et blanc » de plus ! Il a été en effet moulé d’après un bronze, selon une technique en cours depuis le règne de Hongwu (1368-1398), fondateur des Ming. Ce souverain, seul de sa dynastie à être enterré hors de Pékin, apporte de grands changements à la Chine. Dans le registre des objets d’art qui nous intéressent, il décide de remplacer le bronze – employé depuis l’époque archaïque – par la porcelaine, pour les vases rituels. Il s’agit alors de faire des économies drastiques afin de renflouer les comptes désastreux de l’Empire. Cette nouveauté s’inscrit progressivement dans le temps, comme en atteste ce vase datant de l’époque de Zhengde – 10e empereur des Ming –, et se poursuivra sous les Qing. Qianlong, soucieux d’inscrire son règne dans la longue généalogie de ses prédécesseurs, valorisera ainsi les créations du passé par des pièces contemporaines qui s’en inspirent.