L’autre son de cloche de l’époque Kangxi


Publié par la Gazette Drouot

L’empereur Qing a donné le la des rituels de la cour rythmés par les carillons.
En témoigne cette cloche rapportée de Chine par Robert, comte de Semallé.

Cette cloche se fait l’écho d’une autre également fabriquée en 1716, et dont le succès avait résonné à hauteur de 665 600 € le 16 décembre 2019 à Drouot, sous le même marteau (voir Gazette 2020 n° 1, page 46). Toutes deux ont été conservées dans la famille de Robert, comte de Semallé (1849- 1936), secrétaire de la Légation de France à Pékin entre 1880 et 1884. De ce séjour diplomatique, il avait tiré un ouvrage (Quatre ans à Pékin, Gabriel Enault, 1933) et rapporté une collection d’objets d’art sélectionnés avec goût. Ces cloches illustrent en effet le summum de raffinement des instruments de musique de la dynastie Qing. On admirera la finesse de ciselure des écailles des dragons pourchassant la perle enflammée au-dessus des flots, et la puissance de ces créatures impériales formant une anse. Cette dernière permettait de suspendre l’objet sur le châssis de bois de son carillon, les cloches chinoises étant jouées de concert depuis l’époque des Zhou de l’Ouest, il y a environ cinq mille ans. Si la frise supérieure ornée de nuages est exclusivement décorative, les médaillons de la partie basse désignent l’endroit où la cloche devait être frappée pour produire le son attendu inscrit dans l’un de ses cartouches – le « Yi ze » correspondant à la neuvième note du carillon. Contrairement aux cloches archaïques, frappées sur l’avant ou le côté pour donner deux sons différents, celles de l’époque Kangxi ne jouent plus qu’une note pure. L'exemplaire précédemment vendu faisait ainsi entendre la première de la gamme, nommée « Huang zhong ». Selon la codification mentionnée par les archives historiques de la dynastie (Qing shi gao, rédigé entre 1914 et 1927), le nombre de cloches par carillon était fixé à seize, chacune nommée, classées de la plus grave à la plus aiguë, et incluant les bémols. Les instruments répondent encore à d’autres normes respectant la nouvelle gamme musicale voulue par Kangxi, afin que l'harmonie de l'Empire soit totale. Si chaque carillon comporte des cloches de même taille – les artisans jouant sur l’épaisseur du bronze pour varier leurs tonalités –, trois dimensions existent en tout selon les différentes cérémonies. Cette cloche appartient ainsi à la version moyenne, haute de 21 cm, contre les 15 et 30 cm des deux autres, respectivement utilisées en intérieur et en petit comité, et en extérieur avec faste. L’usage de notre modèle, sans doute très spécifique et peu fréquent en raison de sa rareté, reste à déterminer. Seuls deux carillons en comportant sont conservés au musée de la Cité interdite, à Pékin.


Chine, époque Kangxi (1662-1722)
Cloche rituelle bianzhong en bronze doré, à décor en relief de deux dragons à cinq griffes alternant avec deux cartouches inscrits « Yi ze » et « Kang Xi Bing Shen Nian Zhi » pour 1716, la poignée figurant deux dragons accolés
H. 21 cm  Diam. 12 cm. 
Estimation : 150 000/200 000 €

MERCREDI 12 JUIN, SALLE 13 - HÔTEL DROUOT.
TESSIER & SARROU ET ASSOCIÉS OVV. CABINET PORTIER ET ASSOCIÉS.