L'ESPRIT D'UN CRITIQUE D'ART AUX ENCHÈRES À DROUOT

Publié par The Art Newspaper

L'ESPRIT D'UN CRITIQUE D'ART AUX ENCHÈRES À DROUOT

Le 27 mars, la maison de ventes Tessier & Sarrou disperse la collection du critique d’art et écrivain Frank Elgar (1899-1978), un proche de Fernand Léger.
Roger Lesbats. Sous ce nom peu familier du milieu artistique se cache le journaliste, écrivain et critique d’art parisien Frank Elgar. Un pseudonyme qu’il prit après l’Occupation et qui le fit connaître auprès des artistes. À travers cent vingt lots, Tessier & Sarrou proposent de (re)découvrir l’esprit du personnage, ainsi que sa collection.
« La vacation comprend ce que le critique d’art et collectionneur exposait chez lui. Nous dispersons son intérieur parisien dans son jus, précise le commissaire-priseur Rodolphe Tessier. Un ensemble solide et cohérent, de provenance certaine. »
Le Girondin débute sa carrière journalistique dans divers journaux avant d’endosser le rôle de critique d’art pour Le Parisien libéré. Lors de la montée de l’art abstrait, Elgar polémiquait contre ce qu’il considérait être une « anarchiepicturale », bien qu’il défendît de sa plume compétente mais parfois acerbe des artistes tels que Tal Coat, Ernest Pignon-Ernest, Serge Poliakoff ou Zoran Music. Ecrivain, il signa chez Hazan des ouvrages sur Vincent van Gogh, Paul Gauguin, Pablo Picasso (qui a croqué un portrait d’Elgar, est. 6 000 - 8 000 euros), Georges Braque, Joan Miré, Juan Gris, Paul Cézanne, Piet Mondrian
et surtout Fernand Léger. Car l’homme fut un des grands amis de Léger, « ce primitif des Temps modernes qui a dû attendre longtemps la place lui revenant », tel qu’il le décrivait.

La vacation comprend ce que le critique d'art et collectionneur exposait chez lui. Nous dispersons son intérieur parisien dans son jus.


CUBISME ET ARTS PREMIERS

Cette amitié permit au critique d’art d’acquérir plusieurs de ses œuvres. Neuf sont mises à l’encan pour la première fois. « Des travaux des années 1930 aux années 1940 qui constituent le cœur de la collection », analyse le commissaire-priseur.
Parmi eux, une importante nature morte exécutée en 1939, une période particulière au cours de laquelle l’artiste revient à une tradition pictu rale centrée sur l’humain et la figure (est. 600 000 - 800 000 euros), ainsi qu’une huile sur toile représentant l’épouse d’Elgar, offerte par Léger en 1949 (est. 200 000 - 300 000 euros). Sont également dévoilés un pastel préparatoire, des aquarelles et des lithographies, une encre et une rare céramique de 1950 (est. 4 000 - 5 000 euros).
Outre Fernand Léger, le critique d’art s’était pris de passion pour le cubisme. Il lui a d’ailleurs consacré un « manifeste » en 1969, qui est mis en vente pour une estimation comprise entre 500 et 800 euros. D’autres manuscrits sont présentés, telles des correspondances avec Nadia Léger ou Maurice Estève
(est. 200-300 euros). Enfin, à l’instar de Paul Eluard, d’André Breton et des intellectuels de cette époque, Frank Elgar s’intéressa de près aux arts primitifs et fréquentait des marchands comme Pierre Vérité de la galerie Carrefour. La collection comprend donc de nombreuses pièces d’arts premiers : des masques, des statuettes, des terres cuites du Pérou et de Colombie, ainsi que des antilopes Tywara Bambara du Mali (est. 100 à 500 euros).