Aux origines du laque sculpté

Publié par la Gazette Drouot

AUX ORIGINES DU LAQUE SCULPTÉ

Un plateau chinois rouge et noir du XIVe siècle en laque, développant une ornementation de fleur de lotus, s’apprête à s’épanouir.
 

 



Mais de quoi peut-il donc s’agit ? L’objet figurant en couverture de cette Gazette a de quoi dérouter plus d’un de nos lecteurs et même les plus expérimentés. Bouton de vénerie, poignée de tirage de cabinet précieux ? Il n’est pas simple, en effet, d’identifier dans ce disque de 17,4 cm de diamètre un plateau en laque remontant au XIVe siècle chinois. Nous sommes alors à la fin de l’époque Yuan (1279-1368) ou au début de celle des Ming (1368-1644) : même pour les spécialistes, il est difficile de le dater plus précisément. Voici donc offert aux enchères un objet à la forme délicate de fleur de lotus, symbole de vertu, une parfaite illustration d’une technique qui jamais autant qu’au XIVe siècle n’atteignit une telle somptuosité. Les années de transition entre ces deux périodes voient le laque passer du statut de simple ouvrage décoratif à celui d’objet de désir impérial. Dans le Gegu Yaolun, manuel dissertant sur les collections et les collections d’antiquités, on peut lire :
« [...] sous la dynastie des Yuan, les maisons aisées commandaient des objets en laque sans imposer de limites dans le temps de création ».
Cela donne une petite idée de la liberté dont disposaient les laqueurs et du statut privilégié qui était le leur. Et justement, celui-ci porte la marque de l’un des plus réputés d’entre eux, le grand Zhang Cheng, dont les dates de vie sont elles aussi sujettes à discussion. Réputé pour avoir officié sous les Yuan, il est fort probable qu’il ait connu le règne de Hongwu (1368-1398) et même peut- être le début de celui de Yongle (1403-1424), gage d’une belle longévité. Il disposait d’un atelier dans le quartier de Xifang, à Jiaxing, lieu central de production du laque sculpté. Son nom apparaît pour la première fois dans le traité ci-dessus mentionné, écrit en 1388 par Cao Zhao et traduit à Londres en 1971 par sir David Percival. Autre certitude : sous le règne de Yongle, et avant un repli isolationniste, le Céleste Empire mena des missions diplomatiques avec ses plus proches voisins et des régions plus éloignées.
Le Fils du ciel envoya notamment des cadeaux aux shoguns du clan Ashikaga du Japon. Un document en atteste, faisant état de 253 pièces de laque rouge sculptée offertes à la classe dirigeante, et dont les musées de l’archipel conservent aujourd’hui quelques exemples. Ceci expliquerait la source japonaise de la boîte en bois dans laquelle ce plateau est conservé. Un objet qui en tout cas a fait un long voyage pour se retrouver dans une collection européenne, et dont la circumnavigation n’est certainement pas terminée...