À la claire fontaine

Publié par la Gazette Drouot

À LA CLAIRE FONTAINE

Les meubles de François-Rupert Carabin sont rares sous le marteau : un objet comme cette fontaine-lavabo fait d’autant plus figure d’exception.

Plus décoratif que fonctionnel, ce meuble de toilette ? Peut-être, mais qui s’en plaindrait parmi les amateurs d’art nouveau. Il associe les thèmes de prédilection des artistes de l’époque, à savoir la femme et la nature. Quelques exemplaires presque identiques existent, datés vers 1897-1898, dont l’un appartient désormais aux collections du musée d’Orsay, qui faisait partie de la commande de Louis Majorelle pour sa chambre à coucher aux nénuphars. Graveur de camées puis sculpteur de formation, l’artiste originaire de Saverne, venu à Paris avec ses parents à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870, consacre une partie de sa carrière à la pratique des arts décoratifs. Ainsi naissent, entre 1890 et 1904, une vingtaine de pièces mobilières aux audacieuses représentations de la nudité féminine aisément reconnaissables. Le caractère érotique de notre meuble se teinte d’onirisme. L’eau recueillie dans la vasque s’écoule de l’outre pressée par la nymphe. Le décor évoque les bords d’un étang d’où s’échappent, pour se transformer en porte-savon ou porte-serviette, des nénuphars. Très absorbée dans sa tâche, la jeune femme pèse de tout son poids sur le réservoir, tout en restant gracieuse.
La douceur de la peau de cette dernière fait écho à la rugosité du cuir de l’outre, les nuances de bruns et de rouges du grès, aux tons chauds du bois. Plus que la faune et la flore, la femme constitue le sujet principal, voire obsessionnel, de Carabin ; il va sculpter, modeler, dessiner et photographier des centaines de corps.
Il laisse plus de six cents clichés, pris entre 1895 et 1910, où celle-ci figure tour à tour accroupie, agenouillée, puissante, dominatrice.
« Les meubles le long desquels se lovent ou rampent les femmes tentaculaires sont loin de composer un hymne à la femme que Carabin n’aimait guère », écrit Roland Recht en 1993, dans son article « L’ornement est un vice ».
À méditer...




VENDREDI 29 NOVEMBRE, SALLE 10-16 - DROUOT