Quand Christofle joue au chat et à la souris
Publié par la Gazette Drouot
Délicieux par le thème de son décor, impeccable par la qualité de son exécution, ce vase imaginé par Émile Reiber pour la maison d’orfèvrerie exprime le meilleur du japonisme.
Un chat joue avec des souris autour des flancs d’un vase balustre en bronze incrusté d’or et d’argent, né de l’imagination féconde d’Émile Reiber, chef d’atelier de composition et de dessin de Christofle à partir de 1865. La composition onirique sculptée est enrichie de motifs de vannerie dorés et d’un groupe de cinq souris argentées posé sur le fond rouge cuivre de l’objet décoratif. L’exposition Christofle du musée des Arts décoratifs de Paris à l’automne-hiver 2024-2025 retraçait la brillante histoire de la maison, et il était impossible de ne pas s’arrêter devant les vitrines consacrées à la section « japonisante ». Les moyens mis en œuvre pour la fabrication des pièces en bronze incrusté y étaient détaillés : « Les contrastes chromatiques, les reliefs et les textures sont créés à partir du cuivre galvanique orné d’argent ou d’or patiné de différentes teintes. » C’est l’Alsacien Émile Reiber qui a l’idée d’employer cette technique et d’allier ainsi les arts à l’industrie. Infatigable curieux, touche-à-tout – il est également architecte et fondateur de la revue l’Art pour tous –, il étudie toutes les sources d’inspiration de l'Antiquité, aux arts japonais, qui ont gagné tous les cœurs depuis de l’Exposition universelle de 1867. En 1873, lorsque Henri Cernuchi dévoile sa collection de bronze nippons, il est conforté dans ses convictions. C’est ainsi qu’en fournissant nombre de dessins souvent concrétisés en œuvres d’art – et pour certains conservés au musée d’Orsay –, il contribuera grandement à renouveler les formes traditionnelles de l’orfèvrerie. Depuis son lancement en 1845, Christofle & Cie ne connaît que le succès, suivi d’honneurs. Henri Bouilhet et Paul Christofle, les successeurs du fondateur, Charles, le remplacent en 1863. Ils abordent l’entreprise d’un œil neuf et sont prêts à tester de nouvelles proposition et à les présenter aux grandes expositions. Ils voient juste ! Ils y sont grandement récompensés, Émile Reiber y gagnant même le surnom de « grand prêtre du japonisme » décerné par l’orfèvre Falize.
Consécration ultime, des artistes japonais sont même envoyés en Europe pour observer comment ces pièces sont fabriquées.
MERCREDI 24 JUIN, SALLE 16 - HÔTEL DROUOT.
TESSIER & SARROU ET ASSOCIÉS OVV.
Christofle et Émile Reiber (1826-1893)
Chat et souris, vers 1880
Vase-sculpture en alliage de cuivre galvanique orné d’or et d’argent, sur un socle japonisant patiné or et noir.
H. 46 cm.
Estimation : 60 000 / 80 000 €