Tapisserie de la manufacture Royale de Beauvais


Tapisserie de la manufacture Royale de Beauvais
Le port de Palerme
Laine et soie, tissage de basse lisse.
Fin XVIIe / début XVIIIe siècle (probablement entre 1685 et 1723).
H. 269 cm  L. 453 cm

Tapisserie dite des Ports de Mer, tissée sous la direction de l’académie de Philippe de Behagle (1641-1705) et de son successeur Noël Antoine Mérou (1695-1730),
d’après des dessins de Jan van den Kerchove et Adrien Campion (peintre de l’académie de St Luc).
Cette tapisserie correspond à l’un des panneaux de la première série conçue pour la cour de Suède en 1695, reprise ensuite entre 1722 et 1733 sous la direction de Noël Antoine Merou.
Bel état de conservation, tapisserie avec ses dimensions d’origine (parties repliées en haut et sur les deux côtés), restaurations d’entretien, oxydations naturelles dans les bordures et restaurations dans les quatre angles des bordures. Tapisserie doublée.


Analyse iconographique :

Au premier se développe un riche décor d’oiseaux exotiques
et de divers volatiles sur fond de verdure arborée aux multiples coquillages. Louis XIV possédait des ménageries situées
à l’emplacement actuelle de la résidence de la Lanterne (déconstruite au début de XX° siècle, pour être vendu à un ressortissant Américain), dont une pour les animaux sauvages et une pour les oiseaux, précurseurs des zoos modernes, qui furent sans doute une source d’inspiration pour cette tapisserie.

Décorée au second plan de navires et villes fortifiées, la tapisserie se réfère au port de Palerme et à la bataille de Palerme navale qui s’y tint non loin de ce port. Neuvième bataille navale de la guerre de Hollande et cinquième menée en Méditerranée lors
de ce conflit, cette bataille a lieu le 2 juin 1676 dans le port de Palerme, sur les côtes de Sicile. Elle oppose une flotte française, commandée par le duc de Vivonne, à une flotte combinée hispano-hollandaise, ébranlée par les défaites du Stromboli, d’Agosta et par la mort de son principal chef, Michel de Ruyter. Elle se termine par une nouvelle victoire de la flotte française qui est désormais maître de la Méditerranée occidentale jusqu’à la guerre de Succession d’Espagne.

Cette tapisserie faisait partie de la tenture des Ports de mer, comprenant six pièces, réalisée en 1695 d’après les cartons de Joseph Van Kerchove et d’Adrien Campion pour la Cour royale de Suède en 1695. Elle est aujourd’hui conservée à Burnstop. Une autre tenture produite aux armes du chevalier d’Allonne composée de quatre pièces, présentée au château de Merlemont. Elles auraient été offertes sur ordre de Louis XIV au chevalier d’Allonne, capitaine de vaisseau (1668- 1707), en souvenir de ses exploits. - une autre, fut également acquise par Louis XIV en 1696 pour le château de Marly. Et encore une tenture fut achetée par des particuliers suédois, la Comtesse et le Comte Piper. Ces tapisseries ont été commandées par les Piper pour leurs châteaux de Bellinga et de Bjönstorp. Reprise de nombreuses fois dans les décennies suivantes, notamment entre 1722 et 1733 par le nouveau directeur de la manufacture Noël- Antoine Mérou, elle prolonge le genre du paysage côtier peuplé decoquillages, oiseaux et poissons, tout en le renouvelant.

Selon Jules BADIN (1909), il existait deux séries en 1723 et 1732 : l’une de six panneaux (1, 2, 3, 4, 5 et 6) en 1723, et l’autre intégrant quatre des motifs originaux (1, 2, 4 et 6). L’inventaire de 1723 y mentionne « 12 pièces du dessin de Ports de mer » ; l’inventaire du 15 octobre 1732 mentionne « En magazin à Leipsick : Une tenture de Ports de Mer, en six pièces, de 19 aunes 1⁄4 de cours sur 2 aunes 1⁄2 de haut » pour une valeur de « 4.500 » livres. La popularité de la série exigea la réalisation de nouveaux cartons, entrepris par Simon III du Pape (Le Pape), reproduisant les motifs de Kerchove et de Campion.

Deux types de bordures sont connus : l’une ornée de magnifiques motifs maritimes de coquillages et de coraux, l’autre de rinceaux, de fleurs, de lyres et de coquillages stylisés, ainsi que de variantes du motif.

Créée en 1664 par Louis XIV sur la route des Flandres, la manufacture nationale de Beauvais, réalise des tapisseries de basse lisse, sur métier horizontal.

Notre tapisserie fut réalisée sous la direction de Philippe Béhagle. Philippe Béhagle, né le 27 juillet 1641 à Audenarde et mort le 23 juillet 1705 à Beauvais, est marchand-tapissier du roi et directeur de la Manufacture royale de tapisserie de Beauvais.

Tapisseries comparables de la série de 1695 à 1737 :
Verdure au vautour et flamant rose, d’un ensemble de tentures des oiseaux de la Royal Ménagerie, manufacture de Beauvais, sous la direction de Philippe Behagle, 1684-1705, collection Marcel Benoit, Lausanne. Port maritime avec oiseaux sur fond de port et navires, vers 1695-1737, Burrell Collection, Glasgow (Inv. 47.45)

Provenance : Sotheby’s, Londres, 28 mai 1971, lot 15.

Port maritime, ruine du pavillon, homard et quelques oiseaux Sotheby’s, New York, 21 octobre 2020, lot 147, S. Franses, Londres Port maritime, avec divers oiseaux, dont pélican, bordure avec
des motifs architecturaux et des armoiries de la famille des Courtils, Beaussant & Lefèvre, 15 mai 2019, lot 141, comparable à Château de Bjornstorp, Suède ;
Port maritime, palazzo, navires ancrés, oiseaux, créatures marines et poissons volants (sans bordures), vers 1722-1734, Christie’s, Londres, 16 mai 1996, (Badin, iv. 25, 54) ;
Port maritime, avec flamant rose et autres oiseaux sur fond avec un estuaire et navires vers 1723, Sotheby’s, Monaco, 21-22 mai 1978, lot 102, French & Co, comparable à l’exemple du Musée des Arts Décoratifs, Copenhague (Coural, p.32)
Port maritime, oiseaux parmi les coquillages, grands navires près d’un port fortifié et figures humaines (sans bordures), vers 1723, (Badin, iv. 54) ;
Port maritime, avec volailles exotiques, écrevisses géantes, poissons et coquillages au bord de l’eau, bâtiment fortifié avec un phare et figures humaines vers 1722-1734, French & Co, reçu de M. Herbert Mayer (octobre 1967) et retourné (avril 1968).

Source :
1) Les relations entre la France et la Suède à travers les âges.
Relations et échanges artistiques au 18e siècle, Par Denise Bernard-Folliot (pages 211/220).
2) Histoire de la Tapisserie pat Fabienne Joubert, Amaury Lefebure et Pascal François Bertrand (pages 15 et 155).
3) Ames de laine et soie par Jacqueline Boccara (pages 316 a 319)
4) Tapestries from Burell (Collection Glasgow Museum).