L’homme des contrerimes


Publié par la Gazette Drouot

On reconnaît à Toulet d’avoir inventé la contrerime, qui a donné le titre de son recueil le plus connu. C’est un procédé dans lequel chaque strophe d’un court poème est structurée en quatre vers alternés de huit et de six syllabes, avec des rimes embrassées : deux rimes au milieu, l’une au début du quatrain répondant à celle de la fin.

Dans cette versification originale mais contrainte, en une syntaxe très ciselée, Toulet parvient à une légèreté et une fantaisie remarquables. Une œuvre qui s’inscrit à rebours des créations d’avant-garde de son temps et du vers libre. « Les contrerimes, il les a travaillées et retravaillées. Il n’y a pas un manuscrit mais plusieurs. Celui présenté à la vente qui contient des contrerimes inédites est le seul en mains privées qui existe », précise l’expert Éric Fosse. Le manuscrit de 87 pages, daté de 1913, est à ce titre exceptionnel (8 000/10 000€). Les contrerimes ne sont qu’une partie de son œuvre. Toulet a publié de son vivant des écrits sur l’art, des contes, des chan- sons et des romans. Monsieur du Paur, homme public, sorte d’alter ego du poète, est publié en 1898. Un passage inédit, qui ne figure pas dans la version définitive, est estimé 400/500€. Autre roman, Mon amie Nane (1905) est présent avec l’exemplaire de Toulet dédicacé à sa femme et avec de nombreuses corrections (800/1 000€). Le manuscrit de travail du roman La Jeune Fille verte, considéré comme son chef-d’œuvre, est proposé en texte de premier jet de 205 pages signé et daté de 1904. Il est estimé 6 000/8 000€. Si un auteur accompagna Toulet toute sa vie, ce fut Stendhal. Figure dans la section qui regroupe certains ouvrages de sa bibliothèque, Armance, dans une édition de 1877, avec de très nombreuses notes de la main de Toulet (300/400€).

La vie de Paul-Jean Toulet cache certains mystères. Les dernières années à Guéthary sont vécues dans la solitude.

Une œuvre sauvée
La vie de Paul-Jean Toulet cache certains mystères, comme ce départ de Paris pour le Béarn en 1912. Les dernières années à Guéthary, où il décédera, sont vécues dans la solitude. Valéry est un des derniers à lui rendre visite. De ses admirateurs, Henri Martineau est celui qui a sauvé son œuvre. Médecin, fondateur de la revue Le Divan, il se passionne pour le poète. Il édite en 1921 Les Contre-rimes, puis de nombreux inédits à titre posthume. Parmi les ouvrages majeurs, le concentré de la philosophie du poète sous forme de maximes : Les Trois Impostures. « La fantaisie est une ellipse, écrit le poète, on saute pardessus le raisonnement ou bien on fait le tour pour aller plus vite... » Le manuscrit de travail de premier jet, daté de 1915, de ce recueil (4 000/5 000€) passa des mains de l’homme politique et collectionneur Louis Barthou à celles de Francis Carco. Suit dans la vente le manuscrit complet de 104 pages qui servit à l’édition posthume de 1922, avec encore de nombreux ajouts et corrections (3 000/ 4 000€). Les Lettres à soi-même illustrent merveilleusement le voyage des mots. Ce sont des cartes postales et des lettres que Toulet s’est adressées à lui-même – « Mon cher Paul... » – durant une quinzaine années. Parues en 1927, elles ont été rééditées en 2005 par les éditions du Sandre, avec une postface de Frédéric Beigbeder, grand admirateur de Toulet (voir page 29). On pourra même s’en offrir encore quelques-unes à la vente ! 


Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes, manuscrit autographe de 87 pages,
cahier d’écolier in-12, daté du 15 janvier au 1er février 1913.
Estimation : 8 000 / 10 000 €

à savoir
« Paul-Jean Toulet. Collection Jean de Buzelet ».
Mardi 27 mai, salle 2 – Hôtel Drouot.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. M. Fosse.