Paul-Jean Toulet : un fantaisiste léger comme la cendre


Publié par la Gazette Drouot

Paul-Jean Toulet n’est sans doute pas le plus connu de nos poètes.
La dispersion d’une collection lui étant entièrement consacrée nous rappelle qu’il a toujours eu des fidèles et continue d’avoir une aura indiscutable.

Celui qui signait parfois ses lettres « Too late » (trop tard) est décédé trop tôt, à 53 ans. Son dernier poème inachevé débutait par ces vers : « Ce n’est pas drôle de mourir/Et d’aimer tant de choses... » Parmi ces choses : les paysages, les femmes qu’il a rencontrées, l’alcool et l’opium. Il est aussi l’un de ceux qui ont le mieux vu son pays, le Béarn. L’auteur argentin Jorge Luis Borges le considérait comme le plus grand poète du XXe. Vers 1910, une nouvelle génération d’écrivains – Francis Carco, Tristan Derème, Jean Pellerin – s'étaient reconnus en lui : dans sa fantaisie mélancolique, dans son approche légère et sentimentale de la vie quotidienne, loin du symbolisme hermétique d’un Mallarmé. La collection mise aux enchères célèbre le poète et écrivain Paul-Jean Toulet en 180 lots. Elle a été réunie par Jean de Buzelet (1904-1972), figure type du collectionneur qui, parcourant sans cesse les librairies et rencontrant les experts, devient un érudit de son sujet. Il prit soin de faire relier des éditions originales avec nombre de documents autographes, souvent inédits. Quarante-sept reliures sont signées Semet et Plumelle. L’ensemble reflète la vie amicale et littéraire de Toulet, entre l’île Maurice – où ont habité ses parents –, Alger, Paris, l’Indochine et Guéthary.

Ses amis parisiens
Entre 1898 et 1912, Paris est le lieu où il va produire l’essentiel de son œuvre. Dans son cercle rapproché d’amis, il prête sa plume à l’écrivain Willy, l’ex-mari de Colette. Dans un ensemble de documents consacrés à la correspondance Toulet-Willy, quatorze lettres signées de Willy à Toulet et cinq cartes de Toulet à Willy témoignent d’échanges amicaux et professionnels. On remarque aussi la lettre datée de 1911 dans laquelle Willy évoque la mort de l’éditeur Hippolyte Garnier et des corrections à apporter à sa Lélie fumeuse d’opium. En retour, sur les pages 2 et 4, Toulet lui confie deux textes, La Religieuse portugaise et Guitare marocaine, qui seront publiés à titre posthume dans Vers inédits (400/500€). Curnonsky, romancier et critique culinaire, est son plus grand complice de l’époque. Ils signent en commun plusieurs romans sous le pseudonyme Perdiccas : Le Bréviaire des courtisanes, présenté en édition originale, de même que Le Métier d’amant, estimés chacun 300/400€. On pourra compléter le dernier ouvrage avec le manuscrit d’un projet de pièce de théâtre inachevé s’inspirant du roman. Une grande amitié lia par ailleurs le poète et Claude Debussy. Une édition originale (1925) de ses lettres adressées au compositeur est proposée dans une reliure signée Semet et Plumelle. Le poète et le musicien eurent le projet, non abouti, de monter un opéra tiré de Shakespeare : Comme il vous plaira. Il demeure ce manuscrit de douze pages en partie de la main de Mme Toulet, avec de nombreuses corrections et des ajouts de la main de l’écrivain, dans une reliure signée du même atelier (600/800€).
La vente disperse de nombreuses lettres et cartes postales. Celles envoyées à sa sœur Jane sont émouvantes. Deux autres femmes, marquantes dans sa vie, sont présentes dans la collection. Mme Bulto, qui tenait un salon littéraire et cherchait à le protéger de ses démons, nous rappelle cette amitié avec une édition originale de la correspondance du poète (200/300€). Une carte postale relate un dîner avec Nobyn, la future romancière Yvonne Vernon, qui a alors 17 ans. Toulet y rédige quelques notes sur le Jupiter de Véronèse reproduit au verso de la carte, texte apparemment inédit de vingt-six lignes.